BISSY FLO FOOT

 

BISSY FLO FOOT

Depuis la fin de l’année 2010, l’Association Mali Flo s’est intéressée à une jeune équipe de garçons s’exerçant au football tous les soirs dans un quartier de Fatoma appelé Bissy. Le football draine un flux important de jeunes  se retrouvant un temps pour s’occuper et vivre des moments d’espoir et d’espérance. Comme tout jeune africain chacun d’eux rêve de devenir un futur professionnel à l’image de leur héros international. Pour tous ces garçons, le football est une échappatoire leur permettant de fuir la réalité de leur condition et d’espérer à un meilleur lendemain. C’est également un moment de détente et d’insouciance partagé.

AVANT

Ces adolescents, âgés de quatorze à vingt ans et plus, se rendent en fin de journée de manière anarchique et désordonnée sur un terrain vide de toute construction. De part son relief tortueux et la présence d’un dattier sauvage dont les épines constituent une arme tranchante contre  la durée de vie d’un ballon, les conditions locales ne sont pas propices à la pratique d’un tel sport. Les ballons peu résistants crèvent. Les pieds souvent nus se blessent. Les corps non préparés souffrent. La chaleur ajoute un inconfort supplémentaire à ces garçons pourtant toujours prêts à taper dans la balle. A compter de dix sept heure, ils arrivent de façon confuse et imprévisible, puis  s’organisent en deux équipes pour jouer un petit match.

Petit à petit j’apprends le prénom de chacun, je soigne quelques blessures, je partage  l’enthousiasme des supporteurs. Ainsi tous les soirs je gagne un peu plus de leur confiance et leur intimité, je conseille et suggère.

MAINTENANT

A tel point qu’aujourd’hui ils se sont regroupés en association, Bissy Foot ou Bissy Flo.

« Vendredi 7 janvier 2011

Vers la tombée de la nuit quand le courage ne m’a pas abandonné, je me rends sur le terrain d’entraînement des jeunes garçons du quartier que j’habite. Aujourd’hui ils m’ont demandé d’être la présidente de leur nouvelle association et se sont engagés à verser chaque mercredi cinquante francs CFA de cotisation.

Equipe du quartier Bissy

Mercredi 12 Janvier 2011

Tous les soirs, je me rends sur le terrain. J’essaie de les inciter à faire par eux-mêmes. Force m’est de constater qu’avec leur petits moyens ils essaient de trouver des solutions. Des buts ont été confectionnés de façon rudimentaire mais efficace. »

Au quartier Bissy confection des buts par l’équipe

Quatre poteaux taillés dans du bois sont plantés dans le sol. Ils forment par paire les cages de buts délimitées en leur hauteur par des bouts de cordes reliant les deux piquets.

« Mercredi 26 Janvier 2010

L’équipe de football de mon quartier est heureuse de pouvoir récupérer de meilleurs ballons plus résistants à la crevaison. Les grosses épines du dattier sauvage en retrait du terrain d’entraînement représentent l’ennemi numéro un. »

Parfois lorsque je constate leurs difficultés à remplacer les ballons devenus inutilisables, j’interviens. Mais c’est une roue de secours utilisée en dernier recours pour les inciter à aller au bout de ce qu’ils peuvent donner.

Leurs ballons achetés coûtent entre 1 500 FCFA et 10 000 FCFA. Pour ces jeunes sans moyen, c’est un véritable  défi que d’en assurer le renouvellement. Les accidents de crevaison sont quotidiens. Les ballons sont collés et utilisés jusqu’à leur extrême limite.

Je prends contact avec les équipes de Fatoma et des communes avoisinantes pour essayer d’organiser des rencontres amicales sans autre contrepartie que celle du simple plaisir de jouer.

« Samedi un match amical entre quartier a été joué et remporté par mes protégés. Chacun se tourne vers ma trousse de secours pour soigner une crampe, une douleur, un choc ou une plaie. Il faut les encadrer pour leur apprendre l’importance des exercices d’échauffement indispensables à leur bonne condition physique. Il est très rare que je ne me rende pas le soir vers la tombée de la nuit les rejoindre et les entourer. De même tous les enfants les accompagnants pendant leur entraînement ne cessent de me suivre à chacun de mes déplacements et de rire à chacune de mes paroles. Je leur suggère de renommer leur équipe et m’engage à prévoir des matchs amicaux avec des équipes dont celle de Fatoma et des communes avoisinantes. Je prends des contacts.

Je prends contact avec les équipes de Fatoma et des communes avoisinantes pour essayer d’organiser des rencontres amicales sans autre contrepartie que celle du simple plaisir de jouer.

« Samedi un match amical entre quartier a été joué et remporté par mes protégés. Chacun se tourne vers ma trousse de secours pour soigner une crampe, une douleur, un choc ou une plaie. Il faut les encadrer pour leur apprendre l’importance des exercices d’échauffement indispensables à leur bonne condition physique. Il est très rare que je ne me rende pas le soir vers la tombée de la nuit les rejoindre et les entourer. De même tous les enfants les accompagnants pendant leur entraînement ne cessent de me suivre à chacun de mes déplacements et de rire à chacune de mes paroles. Je leur suggère de renommer leur équipe et m’engage à prévoir des matchs amicaux avec des équipes dont celle de Fatoma et des communes avoisinantes. Je prends des contacts.

« Vendredi 4 Février 2011

Ces jeunes footballeurs sont contents et ne cessent de s’entraîner dans la bonne humeur. Quand une faute grave est constatée pendant un petit match, le joueur est pénalisé de tours de terrain à courir un certain nombre de fois. J’ai un réel plaisir à me trouver parmi eux et ne regrette pas d’avoir tourné les talons à la grande équipe de Fatoma trop centrée sur elle-même. Dans huit jours ces deux équipes  s’affrontent amicalement sur le terrain officiel. Premier convoi…… »

Après avoir assisté à plusieurs réunions sur leur demande, je peux dire que je suis incluse dans la vie de cette nouvelle équipe. L’apprentissage de la discipline et des contraintes de la vie collective s’initient au fil des jours et se concrétisent de plus en plus.

L’équipe est constituée par les jeunes du quartier cotisant régulièrement. Un cahier des comptes est tenu par le trésorier et le président de cette nouvelle association. Les supporteurs également portent leur contribution pour renforcer la caisse. Jusqu’à ce jour ils assument le renouvellement des ballons. Ils vont payer eux mêmes l’essence nécessaire à leur déplacement pour assurer les matchs. C’est du jamais vu ! Petit à petit « l’oiseau fait son nid ». Je suis fière d’eux et tellement contente.

Ils ont nommé un entraîneur. C’est un jeune instituteur à l’origine de la création de cet équipe de quartier. Il est présent tous les soirs dès la sortie de l’école. Je lui suggère une certaine rigueur afin de tenir l’équipe et de faire respecter les règles du contrat. Les joueurs lui sont reconnaissants. Il est nécessaire de rappeler tous les jours les mêmes règles indispensables à la future vie de l’équipe. Ils apprennent à se projeter dans l’avenir.

« Lundi 14 Février 2011

Les jeunes footballeurs du quartier ont rencontré l’équipe de Fatoma en match amical. Score 2 à 0 pour Fatoma. Ils se sont défendus courageusement et n’ont rien à regretter ayant reçu les félicitations et encouragements de leurs fidèles supporteurs.

Tous les soirs je me rends sur le terrain d’entraînement. L’équipe est appelée « Bissy Flo ». Une réunion s’est déroulée dernièrement. Ils m’interpellent et retiennent les conseils donnés. Les cotisations sont arrêtées à cent francs CFA par semaine. Une caisse commune pour minimes, cadets et juniors est adoptée. Une nouvelle discipline quant aux horaires est retenue : Pas d’entraînement pour les insubordonnés ou les « pieds nus », respect de l’horaire. Un jeune s’engage à assurer les entraînements en alternance avec un ancien joueur.

Entraînement et discipline à Bissy Flo

 

 

 

 


Je me réjouis de l’évolution que prennent ces enfants. A travers le sport des notions de solidarité et discipline mais aussi de contraintes et collectifs sont mises à jour. Peut être répercuteront-ils ces nouvelles règles dans leur future vie sociale et individuelle ? Cet espoir légitime ma présence à leurs côtés. Quand je me retourne deux mois en arrière pour constater tout le chemin parcouru avec eux, je ne peux que m’en réjouir. Jamais ils n’ont été entraînés ainsi, jamais ils n’ont été contraints à des règles de respect et de plaisir mélangés. Mais aujourd’hui le résultat est là. Leur jeune entraîneur a été cambriolé la nuit dernière. Sa porte a été fracassée et endommagée. Toute l’équipe est arrivée en retard car chacun a voulu travailler à réparer les dégâts commis par le malfaiteur. C’est bien et fort. »

Il est indispensable de leur apprendre à protéger leur corps et éviter les blessures et souffrances que leur ignorance antérieure favorisait. Je me transforme en entraineur occasionnel montrant par moi-même des mouvements ou autres exercices de balles. Que d’éclats de rire mais aussi de courbatures !

« Lundi 21 Février 2011

Mes jeunes footballeurs de Bissy ont rencontré en match retour l’équipe de Fatoma. Ils ont perdu cinq à un. La déception se lisait sur tous leurs visages. Pourtant leur but rentré au fond de la cage a remué tous les supporteurs qui ont envahi le terrain. C’est le premier match de football auquel j’assiste en participant avec mes tripes……..Qui l’eût cru il y a quelques mois encore ! Ces jeunes juniors sont encore trop fragiles physiquement comparés à leurs adversaires plus âgés et plus musclés. Malgré le score ils n’ont pas été déméritants, au contraire. Le résultat de leur entraînement commence à se voir dans leur marquage sur le terrain et dans leur jeu de précision. Il faut travailler leur endurance car la fatigue est venue à bout de leur courage.

Mercredi 23 Mars 2011

A Bamako j’ai rencontré l’entraîneur national de l’équipe de football du Mali, Alain G. ancien joueur girondin et national, à trois reprises. Malgré son emploi du temps surchargé il m’a accordé des entrevues pour les jeunes du quartier Bissy. Son associé originaire de Mopti a pris contact et des ballons m’ont été remis…………

Quelle émotion de voir l’accueil que m’ont réservé ces jeunes à mon retour de Bamako. Depuis mon départ il y a un mois en février, ils n’ont pas cessé de s’entraîner. Il faut donner certains rappels de discipline, remettre les réticents sur le bon chemin, rappeler et répéter les mêmes notions du contrat passé entre eux. Seuls les cotisants peuvent s’entraîner, seuls ceux qui s’entraînent de façon régulière en respectant les consignes pré établies peuvent participer au match, ne peuvent s’entrainer que ceux équipés d’une quelconque paire de chaussures.

Depuis trois mois que je suis absente, je prends régulièrement de leurs nouvelles. Je sais que tout continue.

 

Mis à jour (Mardi, 14 Février 2012 10:33)

 
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