Les origines socio-culturelles de l'excision
LES ORIGINES SOCIO-CULTURELLES
Les parents qui s'adonnent à une telle pratique ne pensent pas faire du mal à leur fillette.
Dans la culture africaine, exciser une petite fille est un rituel d’initiation à sa vie de future femme. Ainsi les parents sont convaincus du bien fondé de ce passage indispensable à la bonne intégration sociale de leur petite fille. Par ce biais, elle sera en plus éloignée des esprits malintentionnés, protégée d’une mauvaise étoile, défendue de la maladie et de la folie. Excisée, une femme restera chaste, fidèle et vierge jusqu’au jour de son mariage.
Les croyances varient également suivant l’appartenance à un groupe ethnique. Au Mali certains pensent que le clitoris peut provoquer la mort, qu’il nuit et empêche les relations sexuelles ainsi que la procréation. Les Peuls considèrent que le clitoris est un organe dangereux si long qu'il obstrue l'entrée du vagin et donc affecte la pénétration masculine. Excisée, une femme n’a pas de plaisir et surtout ne peut en donner qu’à son mari et à lui seul.
De même, certains allèguent que si la tête de l’enfant touche cet organe lors de l’accouchement, le nouveau né meurt (le clitoris recouvrant les narines du bébé lors de l'accouchement l'empêche ainsi de respirer et provoque la mort du nouveau-né). Ils restent convaincus que l'ablation du clitoris facilite l'accouchement.
Selon le Dr. Kouyaté, " la pression familiale joue un rôle important : les belles-mères issues d'ethnies qui pratiquent l'excision n'acceptent pas une bru non excisée au sein de la famille, elle la juge impure et refuse qu'elle prépare les repas. Elle est la risée des autres membres ".
Le Dr. Olayinke Koso-Thomas (The Circumcision of Women. A Strategy for Eradication.)résume en quelques points les raisons qui poussent les femmes à subir une telle opération. Les motifs invoqués sont que l’excision
- favorise la fertilité et la santé de la femme
- augmente les chances de se marier
- active la vigueur sexuelle de l'époux
- renforce le sentiment d'appartenance à un groupe
- permet d'éviter toute déviation sexuelle
- sauvegarde la vie du nouveau-né
- préserve la virginité.
"Pour s'épanouir et vivre en harmonie avec les siens, il faut subir cette pratique, car elle est non seulement purificatrice, mais aussi respectueuse des traditions de nos grands et arrière-grands-parents. Il faut la suivre pour ne pas être maudit".
(Halimata Sy, op. cit.)
La pression sociale oblige l’adulte à mutiler son propre enfant. Un travail de sensibilisation est donc d'autant plus nécessaire que la force des interdits est fortement ancrée dans les mentalités et ne peut être éliminée du jour au lendemain.
D'ailleurs comme le relève le Dr. H. Kouyaté, de nos jours "Beaucoup de femmes excisées refusent que leur fille le soit."
Cette parole dévoile la complexité du travail à entreprendre car les femmes aujourd’hui mères excisées ont du mal à dénoncer d’elle même cette pratique et donc à y renoncer pour leur progéniture tant les croyances pèsent sur le bien fondé de cette pratique. Il est donc difficile pour elles d’envisager un avenir meilleur pour leur enfant.
Les raisons qui poussent des millions de parents à mutiler leurs petites filles sont avant tout dues à des contraintes sociales, à un mélange de culte et de tradition ancestrale dont le poids est si lourd que les moyens mis en oeuvre jusqu’à ce jour pour combattre ce fléau sont dénués de résultats vraiment satisfaisants.
Mis à jour (Jeudi, 21 Janvier 2010 21:18)



