Les témoignages

Les témoignages


 

Lundi 18 Janvier 2010

« Je suis à Fatoma depuis mon arrivée, bien décidée à essayer de soutenir ce projet de lutte contre l’excision. Durant cinq jours je rencontre des chefs de villages, assiste à des réunions de formation et travaillent avec Daïcouri pour regarder dans quelle direction avancée. Il est encore trop tôt pour que je couche sur ce papier des faits ou autres mais je suis optimiste. J’ai vraiment ma raison d’être avec ces villageois ».

Dimanche 24 Janvier 2010

« Toutes mes journées ont été centrées sur la lutte contre l’excision. Je participe à toutes les rencontres et partage mes journées avec les villageois de la brousse et ma famille africaine. Le travail est prometteur.

A ce jour un projet est déposé pour la construction d’un centre de lutte contre l’excision qui serait basé à Fatoma pour les trois communes de Bassiro, Kounari et Fatoma. Ce projet est monté pour la population villageoise même qui en devient le chef d’orchestre. C’est un énorme mouvement communautaire qui est en route.

Depuis mon départ en France pendant ces cinq mois Daïcouri a continué à sensibiliser les villageois de Bassiro et Kounari. L’excision ne peut disparaître en un laps de temps si court et persiste encore dans plusieurs villages de ces communes. Mais toute la population s’est impliquée dans cette lutte pour l‘abandon de l’excision. Soixante deux villages sont maintenant concernés. Ils ont été répartis en six zones représentés chacune par un bureau. Aujourd’hui les six bureaux sont formés.

Vendredi il a été procédé à la nomination des différents responsables de la gestion du futur centre appelé FAMILLE. Responsable compte en banque, comité gestion, commission surveillance et commission commercialisation. Le centre permettrait l’autofinancement de toute cette lutte pour l’abandon de l’excision dans les trois communes. En décrire le fonctionnement est long et fastidieux. Le financement de ce projet est entre les mains de la MELM à la recherche d’un partenaire. »

 

Jeudi 18 Février 2010

« Au dispensaire je retrouve Daïcouri. On définit un programme pour partir en brousse visiter les six zones des trois communes de Fatoma, Bassiro et Kounari. Chaque bureau doit établir une journée de rencontre afin de se retrouver pour faire le point quant à leurs activités, (situation actuelle, difficultés, points forts). J’ai hâte de repartir mais pas avant vendredi car tout n’est pas simple à organiser

 

Samedi 20 Février 2010

Ce jour concerne la rencontre avec la zone E. Elle se tient à Tombourguil près des collines.

Le trajet se fait comme toutes les fois en moto. Je suis derrière Daïcouri. Les engins sont soumis à rude épreuve car leur puissance est insuffisante pour rouler en tranquillité sur des pistes difficiles (sable, pierres et ornières). Ce sont des motos fatiguées de 50 et 80 cm3. Leur kilométrage au compteur fragilise leur robustesse. Mais il en faut plus pour nous arrêter. Pourtant c’est fatigant de rouler ainsi dans de telles conditions climatiques et matérielles. Les moteurs sollicités chauffent et des arrêts intempestifs freinent notre avancée. Parfois il faut mettre pied à terre à cause d’un ensablement ou d’une surchauffe du moteur.

Durant ces journées les repas sont préparés et financés ainsi que les déplacements de manière identique que vous veniez de loin ou que vous soyez sur place. Ces villageois quittent leurs activités quand ils en ont une. C’est une façon de compenser la perte d’un petit bénéfice.

Le même scénario que la veille se déroule alors.

Des petits gamins parasitent de temps en temps le cours de la réunion avides de regarder la « toubab ». Ils fuient en courant menacés par le bâton qu’un « vieux » dirige vers eux. C’est un jeu. Ils m’épient tout en jouant dans la cour.

Daïcouri fait un rappel de la genèse du projet, en répète le but et les grands objectifs, l’organisation et son devenir. Il évoque le soutien de l’Association Mali Flo tout en expliquant le but du site créé à cette occasion. Il ne néglige aucun détail.

Je suis distraite par un adolescent essayant de pédaler sur un vélo rudimentaire qu’un taquin retient par l’arrière.

Les acteurs se concertent entre eux pour proposer les activités qu’ils pourraient amener au centre afin d’en améliorer le bénéfice.

Le traditionnel thé est offert à l’assistance.

A la fin de la rencontre on mange pour repartir en pleine chaleur en début d’après midi.

 

Lundi 22 Février 2010

« La zone D se regroupe à Sembéré dans une petite maison de deux pièces, un côté pour les hommes et l’arrière salle pour les femmes. A l’entrée de l’habitation sont déposées toutes les claquettes et chaussures des participants. Ici on se déchausse pour pénétrer à l’intérieur d’un logement. Il ne faut pas marcher chausser sur des nattes.

Un gros bidon servant de réservoir d’eau est déposé à l’entrée avec une tasse pour pouvoir se désaltérer. Un petit âtre attend avec la théière son bon usage.

Dans l’attente et tout au long de la journée des « vieux » prisent le tabac. Ils versent dans la paume de leur main une poudre ocre foncée, la roule entre le pouce et l’index et la renifle de chaque narine.

C’était hier. Même rencontre riche en échange et propositions. »

 

Mercredi 24 Février 2010

« Ce mercredi je finis la journée à Sévaré. Auparavant je suis partie à nouveau en brousse à Sampara rencontrer les villageois de la zone C. Le vent soulève encore le sable qui s’infiltre dans tous les pores de la peau, les orifices et les cheveux. C’est désagréable. Même le stylo ne peut écrire sur la feuille recouverte par cette poussière fine et granuleuse »

 

Mardi 9 Mars 2010

« Ces derniers jours, je suis restée à Fatoma ou dans les alentours. Beaucoup de travail sur l’ordinateur pour rédiger les comptes rendus nécessaires à la traçabilité de tout ce qui est en cours pour l’excision. Maintenant il faut être patient et attendre. Le projet tient la route. Les villageois ont compris ce qui les lie à Mali Flo pour mener à bien le travail auquel ils sont désormais attachés. Je suis contente. ».

 

Vendredi 12 Mars 2010

« Après ces petits moments de détente et de complicité pris avec les enfants ou mes amis, il faut reprendre le quotidien du combat à mener.

Une association de Mopti a eu un financement pour l’excision alors que notre projet était retenu. En effet une tierce personne de Fatoma coutumier du fait s’est approprié notre travail en son propre nom. Devant cette double face, le bailleur nous a fermé la porte et s’est tourné vers un autre bénéficiaire pour financer un travail sur l’excision dans la commune de Fatoma. On  a ouvert notre porte à ces attributaires en leur proposant notre aide  Ils ne connaissent ni le milieu, ni la population, ni la langue, ni même le travail déjà fait. On les soutient tout en leur suggérant d’inclure avec eux Fanta notre animatrice. Je suis contente qu’elle puisse ainsi être récompensée de ces efforts durant toutes ces années. Le coordinateur de l’association se retrouve souvent au bureau du CCDV de Fatoma. Le lancement de leur campagne se déroule demain. On s’est donc proposé de prévenir tous les intéressés non sans négliger les deux communes avoisinantes même si le projet ne touche que Fatoma. C’est donc à moto qu’on repart en brousse à travers les villages. Petit pigeons voyageurs Daïcouri et moi sommes devenus inséparables. C’est un travail de trois jours au soleil et dans la poussière revenue depuis peu. Pour le lancement demain la télévision nationale sera présente. Voila comment des associations ou ONG récupèrent aux yeux de la population le travail fastidieux élaboré par des gens qui agissent dans l’ombre, sans aucun intérêt financier ou personnel. Je ne devrai pas mentionner ces faits mais il est important aussi de faire connaître le résultat de notre travail même si notre nom n’apparaît pas. »

 

Mardi 16 Mars 2010

« Quatre jours se sont écoulés depuis la journée de lancement de la campagne de lutte contre l’excision par une association de Mopti. Les trois jours de formation se sont déroulés sous forme de demi-journée de trois heures évoquant le droit des petites filles. Ce n’est pour la plupart des auditeurs qu’une souvenance de tout ce à quoi on les a sensibilisés jusqu’à présent

Un rappel des données ne peut être qu’enrichissant. Les perdîmes qu’ils reçoivent sont sources de conflits suite à une réorganisation interne de ces journées.

Pour ce qui est de notre travail, une association de Kona situé à une centaine de kilomètres a demandé à partager notre expérience pendant quelques jours. Ayant un financement pour mener une campagne de sensibilisation pour lutter contre l’excision vers la commune de Douentza, ils nous ont contacté et viennent à partir de demain échanger avec nous et la population. On a organisé des rencontres avec les chefs de villages, les religieux, les élus, les exciseuses reconverties. Ce sont ces acteurs eux mêmes à qui on donne la parole pour qu’ils témoignent de la genèse, du vécu et des résultats obtenus quant au projet mené jusqu’à ce jour. C’est l’aboutissement d’un long travail qui trouve sa justification en devenant satellite pour toute une région. Mais que d’efforts physiques et d’endurance nerveuse pour tendre à ce résultat. Les moyens de locomotion sont épuisants pour parcourir cette brousse que j’aime tant et aller à la rencontre de tous ces villageois mobilisés. Chacun d’eux se déplace aussi à chacune de nos demandes dans des conditions encore plus difficiles. Il n’est pas rare de voir les femmes parcourir les kilomètres qui les séparent de Fatoma (parfois une vingtaine) à pied sous la chaleur pour assister et témoigner de leur vécu. Il n’est pas rare de voir des femmes et des hommes abandonner leurs travaux au détriment de leur gain pour répondre présent à notre appel. Ma conviction demeure intacte et la porte restera ouverte à tous ces valeureux ruraux. »

 

Samedi 20 mars 2010

« Depuis hier les trois jours de rencontre avec les demandeurs de la commune de Kona ont pris fin. Je n’ai assisté qu’à la première matinée préférant me retirer suite à des propos mensongers quant à ce que j’y ai entendu. Depuis plus de deux ans je suis quotidiennement en contact ou impliquée directement dans ce combat mené à Fatoma. J’ai été continuellement sollicitée par l’équipe d’animation ou les villageois.  Je n’ai pu raconter tout ce en quoi je suis intervenue. Les vérités ne sont pas toutes bonnes à étaler. Mais aujourd’hui, de part les évènements et pour la bonne compréhension des faits, il me faut retourner deux ans en arrière lors de mon arrivée au Mali.

A cette époque la lutte pour l’abandon de l’excision dans la Commune de Fatoma était soutenue par la MELM. Les cinquante exciseuses de Fatoma avaient perçu un financement de cinquante mille francs CFA individuellement pour leur permettre de démarrer une activité génératrice de revenus. C’était un prêt que chacune s’engageait à rembourser dans un temps déterminé, condition indispensable pour que la MELM continue de soutenir le projet. Le délai a été dépassé et reculé. Nouvel écueil. Devant la menace de voir bloquer un financement indispensable à la pérennisation de ce qui avait été gagné, et après concertation entre Daïcouri, la mairie, le Président de l’APECF et moi même, un prêt a été trouvé pour que l’honneur des hommes précédemment cités ne soit pas entaché. Il importe peu de connaître l’identité du prêteur. Mais ce crédit devait être remboursé en moins de six mois. A ce jour le créancier attend encore.

Vingt personnes sont venues jusqu’à Fatoma pour connaître la genèse, le vécu et les difficultés rencontrées depuis le démarrage du travail entrepris par l’équipe dans l’abandon de l’excision. Dans cet échange il a été délibérément soutenu que chaque exciseuse avait intégralement remboursé son prêt. A deux reprises des questions ont été posées par rapport à ce point. Le représentant du Maire très au courant des évènements antérieurs a nié avec un

aplomb déconcertant ce passage. Daïcouri a traduit sans sourciller. Moi je me suis levée et suis partie.

 

Quand le lendemain je demande des explications à Daïcouri, il ne me répond qu’en m’insultant quand j’emploie le mot mensonge. Il en fait une affaire personnelle. J’ai mis fin à ma participation pour cette formation. Comment nier la difficulté et l’échec à cet endroit du parcours à des individus venant chercher la vérité du travail fait sans autre but que celui de profiter d’une expérience. Est ce qu’au nom d’un honneur quelconque on doit cacher la vérité ?

Ma participation a été brève. En écoutant Daïcouri animer le débat et conduire les échanges, je refusais d’embellir la réalité. Raison pour laquelle je relativisais son optimisme en témoignant de la naissance de ce projet (dix années écoulées avant d’arriver là), de l’importance de l’engagement bénévole des différents acteurs durant toute cette période.

Par ailleurs la mairie a notifié dans son PDSEC (programme de travail pour la Commune de Fatoma) le projet excision et le projet sida »

 

Samedi 27 mars 2010

« Pour ce qui est de l’excision il fat maintenant établir des statistiques afin de pouvoir mieux évaluer le travail accompli et restant à faire. Une réflexion a débuté. »

 

Samedi 3 Avril 2010

« Depuis quelques jours l’Association Mali Flo est en veille.

Dans l’attente d’un rendez vous pour le projet sida et d’une mise en route du centre de lutte pour l’abandon de l’excision, je prends du recul et travaille silencieusement. Avec Daïcouri on a établi une fiche d’enquête afin d’évaluer statistiquement l’évolution du projet mutilation à partir du travail établi depuis l’année 2006. Ce document va être remis au président de chaque bureau et superviseur de chaque zone afin que chacun prenne en charge et organise ce travail dans leur secteur respectif. Pour cela il faut repartir en brousse et aller à l’encontre des villageois afin d’expliquer le document. Ce sera l’occasion de commencer une évaluation de leurs besoins »

 

Mercredi 14 Avril 2010

« Une réunion a été organisée ce jour dans les locaux de Fatoma afin d’expliquer aux différents membres de bureaux ou autres responsables de la lutte contre l’excision la nécessité de faire une enquête statistique permettant de vérifier la véracité des résultats espérés depuis la genèse du projet en 2006.

Les participants sont moins nombreux que prévus. La chaleur est suffocante et les moyens de déplacement pour parcourir ces kilomètres de distance en pleine chaleur freinent les élans pourtant réels. Une dizaine de personnes sont présentes.

 

Parmi les adhérents une femme allaitant un jeune enfant a sillonné à pied la brousse pour assister au débat. Un vieil homme s’y est rendu avec son vieux vélo tout dépareillé. Pédaler dans le sable est fatigant. Ils sont tous courageux.

Daïcouri explique et présente la fiche d’enquête rédigée en peul à ces villageois très attentifs pour la bonne compréhension du document. Ils en critiquent certains passages. La copie est corrigée.

 

Je sors de la pièce devenue fournaise tant la chaleur transperce mon corps de gouttelettes de sueur. C’est étouffant. J’observe la cour et découvre un pigeonnier en pleine effervescence. Les oiseaux entrent et sortent exerçant un balai continuel. A l’intérieur des petits œufs blancs sont prêts à éclore. Comment la vie peut elle ainsi s’acclimater aux difficultés rencontrées dans le temps et l’espace où elle éclot ? Comment vivre dans des conditions si rudes, manque d’eau......... ?P
Pourquoi me plaindre ? De petits signes comme celui ci me font relativiser beaucoup de choses.

Le repas est partagé. Dans le fond des marmites chèvres et moutons se régalent du peu de nutriments collés par la cuisson au fond de la cocotte.

 

Malgré la fatigue je ramène une des femmes jusqu’à son village sous le soleil écrasant. La moto alourdie par le poids à l’arrière répond bien à ma commande. Il faut traverser le Yamé. C’est un passage à sec assez large en cette saison. Par temps de pluie il se transforme en  ruisseau constitué par un fort ruissellement des eaux. Ma passagère descend à deux reprises et s’étonne de me voir réussir sans poser le pied cette petite prouesse de traverser ainsi ce couloir si sableux. Le moteur chauffe car c’est tout en accélération que je maintiens la moto. »

Samedi 24 avril 2010

« Durant tout ce laps de temps j’ai chevauché en moto la brousse pour continuer l’avancée du projet excision. Daïcouri et moi même, parfois accompagnés de Fanta, avons entrepris de visiter toutes les zones pour former les villageois choisis par leurs bureaux respectifs et susceptibles de mener à bien l’enquête statistique. Les motos sont fatiguées et non adaptées à la piste. La lassitude physique se ressent au fil de la route et des jours qui se suivent.
Les engins souffrent et tous les moyens  sont déployés pour les faire aller toujours plus loin encore. Des plastiques noués limitent une fuite au niveau du robinet d’arrivée d’essence. Un bout de carton amortit la dureté de la selle du passager.
En Hollande une kermesse francophone est organisée annuellement. Elle permet de donner des fonds à valoir sur l’achat de matériel lors de présentation de projet. Par ce biais et dans l’attente d’un déplacement à Bamako, une moto neuve et plus adaptée à la brousse améliorera notre confort.

Les hommes et les femmes retenues pour mener l’enquête doivent être suffisamment instruits en capacité de communication mais aussi en moyen aussi basique que l’écriture et la maîtrise du langage pour remplir correctement le document établi. Chaque sortie se ressemble dans le contenu de la rencontre. C’est un éternel recommencement. Répéter et expliquer.

Trois ruraux ont obtenu une formation en alphabétisation trouvée par le biais d’une ONG.

La fiche d’enquête est séparée en deux volets. Le premier s’adresse au chef de famille à savoir son identité, son activité secondaire (tous étant cultivateurs avant tout) et son opinion quant au futur centre. La seconde partie concerne la femme du foyer et l’interroge sur le nombre total d’enfants, le nombre de petites filles excisées depuis 2006 et les complications engendrées, le pourquoi de l’excision ainsi que leur opinion quant au centre. Les enquêteurs doivent passer dans toutes les familles de la bourgade.

Un cahier et un stylo sont remis dans chaque village en tant qu’outils indispensables pour la retranscription des questions / réponses. Le repas est également assuré.

 

Pendant ces rencontres certaines zones remettent le document officiel reconnaissant l’identité et la responsabilité de tous les villageois engagés dans les bureaux de leurs zones. De même une fiche de présence des auditeurs est tenue à jour pour chacune de ces entrevues.

L’Association Mali Flo quant à elle s’est engagée à participer au frais d’essence lors de tous nos déplacements. Elle a reçu un soutien d’Afrique Amitié vers qui elle s’est tournée.
Un particulier malien anciennement impliqué dans une ONG ayant participé à ce combat a été sollicité également par Daïcouri »

Mercredi 28 Avril 2010

« Les cahiers des résultats de l’enquête statistique de lutte contre l’excision nous sont acheminés par les villageois. Le délai de dépouillement a été reculé faute de temps.
Aujourd’hui une nouvelle moto a été achetée pour nous permettre de partir en brousse. Daïcouri en est très fier.

Une opportunité s’est présentée à Mopti et le choix de cette moto a été décidé à l’unanimité de façon spontanée. Elle couvre la totalité du financement qui a été octroyé par la kermesse francophone. Désormais notre confort et notre sécurité seront grandement améliorés.

Daïcouri et moi même avons établi un programme afin de visiter tous les villages de la Commune de Fatoma et les rencontrer en tant qu’Association Mali Flo. Entre temps les cahiers seront également dépouillés afin de mener à terme l’enquête. C’est un emploi du temps chargé qui débute dès demain et ne nous ménagera pas. Mais j’ai tellement hâte  »

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Mercredi 5 mai 2010

« Tant de jours en brousse à la rencontre des villageois de la Commune de Fatoma.
Les cahiers sur l’enquête statistique sont ainsi récupérés. Certains nous arrivent directement à Fatoma lors de la journée du marché. Il faut  expliquer à nouveau, stimuler les retardataires.

La moto nous rend bien des services mais les pistes sont difficiles. Les raccourcis empruntés pour écourter la distance à cause de la chaleur ne sont pas évidents.

PASSAGE DIFFICILE DU YAME. LA MOTO S’ENSABLE

 


Je suis obligée de descendre pour alléger la moto et permettre à Daïcouri de passer sans trop de difficultés. Pourtant lui aussi est parfois astreint à pousser l’engin qui ne répond plus à sa commande.

Aujourd’hui tous les cahiers ne nous sont pas encore parvenus mais le dépouillement a commencé hier jour de marché. En effet on limite nos sorties le mardi jour hebdomadaire de marché à Fatoma car beaucoup de villageois de la Commune s’y retrouvent profitant de ce déplacement pour nous rendre visite. Ainsi cela nous permet de nous tenir mutuellement informés de l’évolution du projet.

 

Le travail s’avère ardu pour qui n’a jamais fait de statistique. Les premières pages sont traduites du peul en français. Retranscrire de façon la plus objective possible les opinions et idées recueillies s’additionne à l’équité exigée par une telle tâche. Je sers de secrétaire tandis que Daïcouri se fait interprète. Au bout de quelques heures il est las. Souvent dérangés par le va et vient incessant de tout un chacun, sollicités par les demandes de uns et des autres, on interrompt l’inventaire pour le reprendre ultérieurement.
Parmi les réponses une d’entre elles a forcé ma mémoire « une fille non excisée, est ce une fille ? ». Pour être franche, il n’y a qu’une réponse de cette sorte mais elle frissonne encore en moi. Il est trop tôt pour laisser échapper quelques résultats ou impressions »

Vendredi 7 Mai 2010

« Le dépouillement des cahiers de l’enquête statistique me procure un peu de repos physique. Mardi et aujourd’hui même on poursuit ce travail de fourmi. En ce qui concerne la Commune de Fatoma les questions posées débutent depuis l’année 2006, date de lancement officiel de la sensibilisation. Pour les deux Communes avoisinantes de Kounari et Bassiro, l’étude débute en 2008, période d’extension de la sensibilisation aux villages attenants.

Déjà une différence se fait ressentir et je frissonne à la lecture de certaines réponses. Dans un village de Kounari dix petites filles ont été excisées en fin d ‘année 2009 lors d’une cérémonie rituelle comme on en rencontre dans la brousse encore de nos jours. Les mères interrogées ont répondu spontanément.

« Une fille excisée est mieux qu’une fille non excisée »

« Une fille non excisée devient elle une femme ? »

« Une fille excisée est en meilleure santé »

« Depuis ma naissance je n’ai rien vu de mieux que l’excision. »

« Une fille excisée n’est même pas une personne »

« L’excision il n’y a rien sauf des gens qui font du bruit dehors »

Est ce nous les dérangeurs ? Certes oui !

Il ne faut pas crier au scandale ni à la défaite. Il faut poursuivre dans cette lancée et accompagner maintenant les villageois à sensibiliser leur population pour tendre vers le résultat zéro dans quelques années. Nul n’a le droit de lever les bras au ciel. Il faut comprendre que le poids culturel et la tradition sont lourds de conséquences. On ne fait rien en un jour et notre rôle maintenant fait office d’escorte afin de permettre une harmonisation entre tous.

Il y a trois semaines environ une petite fille d’un village de la Commune de Fatoma a été excisée pendant un rituel pendant que de  jeunes garçons étaient circoncis. Le jour même Daïcouri est parti avec Fanta.

Du sucre et du savon ont été offerts à la maman à qui ils ont rendu visite. La jeune mère n’a su que regretter ce geste.

C’est un combat permanent et un effort continu. Il faut maintenir l’espoir et croire en ce qui est construit sans baisser les bras. Je suis de plus en plus convaincue du bien de notre action et de la nécessité d’être partie prenante de tout ce travail.
Le financement du centre est toujours en cours de recherche par la MELM Mission Evangélique Luthérienne au Mali auprès de partenaires norvégiens. En ce moment on établit des contrats entre le Sous Préfet, responsable étatique apolitique et l’APECF, association promotrice du projet (mouvement purement villageois détaché de toutes autorités) et les partenaires MELM. Toutes ces écritures  me dépassent mais je les travaille avec Daïcouri qui gère l’ensemble entre toutes les parties prenantes. »

 

Lundi 10 Mai 2010

« Les cahiers de l’enquête ne sont pas encore tous arrivés. On continue le dépouillement. Avec Daïcouri il faut faire preuve d’une sacrée patience et d’une grande largesse d’esprit pour supporter son caractère entier et personnel que peu de monde comprend. Il s’énerve facilement et ne tolère aucune déviation dans ce qu’il veut faire. Je le provoque et le pousse dans ses retranchements sans céder à ce que je pense faire valoir de juste et réalisable. Il ne fait aucun effort risquant de perturber son confort personnel ou ses décisions quant à ses activités. C’est quand il veut, où il veut et ce pour quoi il veut. Il reconnaît affectueusement que je suis la seule à lui parler comme je lui cause et à le considérer. Après m’avoir répété tant de fois qu’il souhaitait m’accompagner pour rencontrer le Président si il se présentait une occasion pendant son déplacement sur Mopti, je me suis tournée vers lui en lui demandant de se joindre à moi ayant obtenu une rencontre comme j’essaie de les provoquer par mes passerelles. Réponse « Pas maintenant je n’ai pas mangé, j’ai faim et je veux me reposer ».

 

J’ai croisé le Ministre de la Santé fort étonné d’apprendre ce qui était fait sur l’excision. A Bamako une rencontre sera organisée lorsque je m’y déplacerai. J ‘ai échangé avec un médecin responsable de la santé au niveau de l’armée et ne lui ai rien caché de tout ce qui se passe encore en brousse. Des encouragements et des vœux de réussite combien en ai entendu ? Il faut frapper à toutes les portes pour se faire entendre.
Jusqu’à présent très peu de complications n’avaient été mentionnées. Dans un des villages relevés, les trente petites filles excisées en 2009 ont toutes eu des complications au moment de l’excision. C’est le premier aveu mentionné preuve d’une prise de conscience réelle de ce village et non d’un échec à la sensibilisation. Comprendre le pourquoi des complications c’est avoir compris la nécessité d’abandonner cette pratique pour en éviter les effets néfastes. Les complications sont tues parce que pas comprises comme liées à l’acte lui même  ou par pudeur et culpabilité.

Dans un village une enfant est décédée suite à des complications liées à l’excision.
L’inventaire est long et dérangé par la nécessité de monter un budget plus précis exigé par la comptable des partenaires Il faut faire vite. Daïcouri fait le plus gros du travail étant moi même obligée de régler des problèmes d’intendance personnels. Un ami fait du thé. »

Samedi 15 mai 2010

« Les cahiers de l’enquête excision sont maintenant tous arrivés et en cours de dépouillement. Le budget a été révisé par les partenaires. Il nous faut trouver des fonds. Refusant de baisser les bras je démarche seule des associations ou autres organismes. Daïcouri est abattu et sa déprime freine son ardeur. Il me fait de la peine. Ce soir je dois rencontrer une responsable d’ONG intervenant dans le domaine des femmes »

Lundi 17 Mai 2010

.« Pour ce qui en est de l’excision, j’ai réussi à emmener Daïcouri à Sévaré pour rencontrer un éventuel partenaire que j’ai contacté auparavant. La femme responsable d’un programme de santé reproduction sur la région de Djenné est à la hauteur de mon espérance. Daïcouri refuse de parler mais au fur et à mesure que cette personne se découvre à nos yeux, il réalise que des compatriotes peuvent être animés de la même volonté que la sienne et parler le même langage. L’échange est motivant. Je ne sais ce qui pourra en ressortir pour nous aider financièrement à boucler le budget de construction du centre. Toujours est-il que Daïcouri ne peut s’empêcher de sortir sans retenir ses commentaires désagréables et désabusés. Néanmoins il a retrouvé un semblant d’énergie. Il nous faut monter un petit dossier expliquant notre demande à l’ONG sollicité »

Lundi 24 Mai 2010

« Mon principal centre d’intérêt reste toujours ce financement à trouver pour le projet excision. Après avoir encouragé Daïcouri, remué mers et montagnes, révisé et essayé de corriger le budget, il a été décidé de monter un petit projet pour expliquer la situation à l’UNICEF fortement intéressé par le travail déjà établi. C’est ce à quoi désormais Daïcouri et moi même nous nous attelons. Le dossier devrait être bouclé demain si tout se présente bien afin de le présenter dans le courant de la semaine. Entre temps beaucoup de villageois nous interpellent afin de savoir où en sont les démarches. Ils ne connaissent pas le galop final sur lequel notre cheval est lancé. Pourquoi affoler tant que tout n’est pas joué ?
Le dépouillement des cahiers de l’enquête se poursuit et touche maintenant à sa fin. Cette tâche a été retardée au détriment de la recherche du budget. »

Mercredi 16  Juin 2010

« Revenue en fin de matinée je me rends directement à une journée de concertation avec toutes les zones pour le programme de l’excision afin de les réunir pour les tenir informés et partie prenante.

C’est l’Association Mali Flo qui prend en charge tous les frais de cette rencontre. Il faut déplacer toutes ces personnes venues sur leur temps personnel dans des conditions difficiles de part la distance et la chaleur. Ils sont tellement m méritants et courageux. Le repas de midi est aussi partagé.

Daïcouri a retrouvé son énergie. Désormais tous les villageois sont au courant du résultat de l’enquête statistique, du retard et des nouvelles dispositions pour le projet. Il faut être vigilant pour ne pas les décourager. Le train qu’on a pris tous ensemble est entre leurs mains et ils sont compréhensifs quant à la situation. A la fin de la séance tous m’interpellent et remercient Mali Flo. Le message est passé entre nous. « Madame Brousse » est heureuse. »

Dimanche 20 Juin 2010

« Le projet excision respire depuis quelques jours. En effet le partenaire financier du centre à venir a fait connaître son intention de tout débourser. Un programme similaire de sensibilisation a été entamé vers Kona, les acteurs étant venus se former et échanger durant trois jours à Fatoma en début d’année. Mais il faut y intégrer une nouvelle commune encerclée par Fatoma et Kona.  Le centre serait donc attribué à toute la population villageoise comprise dans cette zone géographique. C’est pourquoi la commune de Borondougou doit être aussi intégrée afin que tous les villages soient impliqués dans le même combat. Les petites filles ne pourront plus être amenées dans les hameaux voisins puisque la boucle sera fermée. Le centre ne verra le jour que début 2011.
Il faut prévenir tous les villageois du retard engendré par ce nouveau projet. Daïcouri fait preuve de diplomatie. Il a l’art et la manière de faire passer les faits. Il est très respecté de part son caractère et son charisme. Il nous faut trouver un financement pour aller à la rencontre de toutes les zones et les réunir dans un premier temps afin de les informer du résultat de l’enquête statistique et d’une possible collaboration avec une ONG finançant les six mois à venir pour mener à bien les dites activités. On repart donc en brousse depuis trois jours. Les mêmes personnages dans les mêmes lieux sur le même type de réunion.

 

 

Demain lundi Daïcouri et moi même devons aller à Sévaré solliciter l’UNICEF pour participer à la réunion de clôture du travail d’enquête et de suite à donner durant cette fin d’année à Fatoma avec les villageois des différentes zones. »

Samedi 4 Septembre 2010

« Le projet excision avance. De bonnes nouvelles nous parviennent de nos partenaires financiers confirmant le début des travaux de la construction du centre en janvier prochain. Les villageois des trois communes ne cessent de questionner Daïcouri nous pressant d’organiser une nouvelle rencontre pour faire une mise au point. Les travaux des champs immobilisent beaucoup de ruraux, des familles entières. La pluie rend les pistes parfois impraticables durant quelques jours. Les réunions deviennent plus difficiles à organiser. »

Samedi 18 Septembre 2010

« La fin de semaine sonne déjà. Bien remplie depuis le début elle se termine comme elle a débuté sur les chapeaux de roues.

Deux journées d’information se sont déroulées pour tenir les villageois informés quant à l’évolution des deux projets concernant le sida et l’excision. L’ordre du jour s’est fait en trois parties : Où en est-on pour le sida ? Où en est-on pour l’excision ? Réponses aux questions diverses. Une contrainte de dernière minute a modifié l’organisation de la journée. En pleine restructuration de comités de gestion scolaire, une commune voisine impliquée dans les projets n’a pu se rendre à Fatoma devant élire son comité de gestion scolaire. Une deuxième rencontre est donc arrêtée pour ces personnes en milieu de semaine. L’association Mali Flo a financé l’évènement. A cause de la pluie tombée la nuit, les villageois sont arrivés petit à petit. La réunion s’est déroulée à l’école de Fatoma même. Rassasiés par un café chaud accompagné de pain, les hommes et les femmes se sont retrouvés non sans cacher un réel plaisir. Je souris et suis bien. « Madame brousse » me revient aux oreilles. Tous me taquinent. Ils ont compris l’importance de rester mobilisés et de poursuivre leurs actions malgré tous ces retards de financement. Leur engagement ne fait pas de doute et cet instant me réconforte et me motive pour le plus vers lequel on espère aboutir. Tous les allers retours à Bamako leur sont mentionnés. Leur esprit attentif est tendu par les nouvelles apportées qui leur faisaient défaut. C’est le reproche qu’ils adressent à Daïcouri. Pour y remédier des personnes sont retenues pour pouvoir être contactés dans chaque zone afin de les tenir informés à chaque avancement ou nouvelle concernant l’un ou l’autre des projets. Eux-mêmes le retransmettront alors aux villageois de leur zone respective. En palliant à ce défaut les villageois sentent que « notre esprit est posé sur eux » pour reprendre leur terme. Chaque initiative ou décision prise sera transmise directement aux douze personnes retenues pour faire relai auprès de leurs compagnons.

 


Le retard de financement du projet excision est du à l’intégration d’une quatrième commune enclavée parmi les six zones. En janvier 2011, la construction du nouveau centre devrait débuter. Cette nouvelle motive les villageois dans leur volonté de réussir et diminue leur impatience à vouloir débuter coûte que coûte.
Les mêmes acteurs sont impliqués dans le sida et l’excision facilitant l’organisation des projets. Il est noté une nouveauté à savoir l’entrée dans les comités de gestion scolaire de membres de l’équipe pour faciliter les interventions au niveau des écoles concernées.
Un dernier point est soumis aux villageois. Tout le monde reconnaît le service que le triporteur du centre de santé de Fatoma a rendu pour la population et notamment l’évacuation des femmes en difficulté d’accouchement. Les témoignages pleuvent des uns et des autres. Mais ce moyen de transport ne peut plus suffire à cause de l’étendue géographique que toutes les zones couvrent. Un véhicule est envisagé. On parle de constituer des caisses au sein de chaque village pour cotiser et permettre un éventuel achat. Beaucoup dénonce le laxisme de l’ASACO (Association gérant la gestion du centre de santé) n’ayant pas contribué à l’entretien ou la réparation du triporteur assurés par des fonds extérieurs personnels.
La deuxième rencontre des absents excusés s’est déroulée dans les mêmes conditions. Les mêmes points y ont été abordés et soulevés

Dimanche 26 Septembre 2010

« Toute la matinée s’est passée en brousse pour rencontrer les villageois des communes avoisinantes de Kounari et Bassiro afin de les informer des dernières avancées de nos projets sida et excision. Ainsi est évoquée la création des « clubs de jeunes » dans chaque village afin de les intégrer à nos activités. L’élan est fort et les encouragements ne manquent pas. Chacun doit constituer un bureau. Daïcouri et moi-même assureront tout le côté administratif afin de les faire reconnaître par le Sous Préfet, puis au niveau du cercle par le gouvernorat.
Pas le temps de rester assis sur une chaise.

 

 

A Badiongo on rencontre une femme, membre très actif des projets. Elle porte le deuil de son jeune frère subitement décédé sans laisser d’héritier derrière lui. Cet état de fait est dur à vivre en Afrique car sans descendance on vous oublie.
A Sare Soma on s’arrête prendre des nouvelles d’un second acteur très impliqué aussi. On les visite chez eux n’ayant prévenu personne de notre arrivée soumise aux aléas de la météo. Depuis quelques jours la pluie a cessé. On est en moto. Je revis. La brousse ! Les villageois ! »

Samedi 27 Novembre 2010

« Ces deux derniers jours je suis partie avec Daïcouri et Fanta sollicitées par une association de Kona pour venir former les hommes et femmes leaders de quinze villages à l’abandon de l’excision. Le premier jour a regroupé tous les hommes, chefs de villages et leaders masculins.

 

Les hommes et les femmes sont séparés de part la culture et la coutume. Ce jour là, le marché tient les auditeurs en haleine. Ayant commencé tardivement de part l’arrivée étalée des participants, la formation est terminée en début d’après midi afin de les libérer pour faire leurs affaires en profitant du marché hebdomadaire.

Le lendemain les femmes sont plus nombreuses et plus participatives. Elles sont conscientes de la difficulté de leur tâche mais repartent convaincues du bien fondé de cette lutte. Tous ont été sensibilisés depuis un an environ mais semblent avoir assimilé les méfaits de l’excision.

Ces femmes, présidentes d’associations féminines ou leaders de leurs villages (épouse du chef de village) savent qu’elles ne peuvent pas interdire cette pratique mais en expliquer les complications et l’origine afin de faire changer les comportements et d’ouvrir les esprits de leurs compatriotes.

Cette rencontre fait suite à la visite et la formation des membres de l’association de Kona venue à Fatoma à la demande de notre partenaire commun la MELM. C’est un échange et une volonté de travailler ensemble pour la même cause qui a motivé ma présence à leur côté. Daïcouri et Fanta sont rétribués pour leur travail de formateur. La roue tourne et le défi est en train d’être relevé ».

Jeudi 2 Décembre 2010

« J’ai envie. Je continue à avancer doucement.

Un calendrier est établi pour nos prochaines sorties de rencontre sida et excision. Jai hâte.

Au marché hebdomadaire plusieurs villageois venus de brousse m’interpellent « Debbo ladde » « Madame brousse ».

Mercredi 8 Décembre 2010

« Les activités des deux projets sida et excision sont lancées. Je retrouve ma brousse et tous les villageois impliqués dans ces combats. C’est un premier contact avec la quatrième commune de Diambakourou désormais intégrée dans les deux programmes qui marque la reprise. On rencontre les élus, les responsables villageois.

Avant le jour de marché hebdomadaire du mardi qui se tient à Fatoma, tous les présidents de zone et superviseurs sont contactés pour venir s’informer auprès de nous des dispositions à prendre pour finaliser l’intégration des clubs de jeunes de chaque village dans nos activités. Ainsi rendez vous est pris auprès de chaque zone pour qu’on puisse les rencontrer sur leur terrain. On prépare une journée de rencontre de toutes les zones des quatre communes le 17 Décembre à Fatoma même afin de parrainer ces clubs de jeunes.

C’est ainsi que tous les jours on sillonne les zones pour répéter les mêmes recommandations, expliquer l’évolution des projets et donner l’information de la rencontre prévue à Fatoma.

A Koriawel avec le chef de village et le président de zone

A Boumboumkoré avec le chef de village et un relai

Fille d’exciseuse reconvertie en relai engagé

Cette jeune fille est l’enfant d’une ancienne exciseuse de la commune de Fatoma reconvertie après avoir été sensibilisée. Elle est très impliquée et convaincue de la nécessité de ce combat. Elle-même a demandé à être formée en tant que relai. Quand je la cite en exemple pour pouvoir être nommée présidente du club de jeune de son village, un refus m’est avancé car il est encore trop tôt. Les hommes sont encore au devant des femmes quant aux responsabilités à tenir. Il n’est pas judicieux de courir plus vite que la coutume.

Dimanche 12 Décembre 2010

« Les activités des deux projets sida et excision occupent toutes les journées. C’est une visite de toutes les zones et une rencontre des clubs de jeunes créés au sein de chaque village. La quatrième commune de Borondougou est désormais intégrée dans notre lutte portant les villages au nombre de soixante sept. La distance à parcourir est maintenant très importante quand on sillonne de villages en villages toute la journée. Parfois la voiture nous véhicule. Tous les signes de la brousse me viennent à l’esprit témoignant des croyances ancestrales profondément enracinées dans les esprits des villageois. Ici une termitière assimilée au clitoris de la femme qu’il faut détruire parce que nocif à la vie. »

Mercredi 15 Décembre 2010

« Lundi à Sampara, mardi à Fatoma lieu de rencontre avec les villageois se déplaçant pour le marché hebdomadaire, mercredi à Diambakourou, tous les jours en déplacement.

Quelquefois les rencontres sont décevantes parce que les responsables de zone n’ont pas transmis l’information et peu de personnes assistent à l’échange. Parfois les jeunes ne se sont pas mobilisés pour se déplacer. Daïcouri est alors fermé et peu participatif, décourageant les membres présents.

C’est un état de la situation des deux projets, une information sur la journée de parrainage des clubs de jeunes et des recommandations quant à la réussite de cette dernière. Un relevé de chaque président de clubs de jeunes est réalisé pour tous les soixante sept villages.

Dès notre retour on prépare cette journée de parrainage. Pour les villages les plus distants quatre véhicules ont été retenus pour emmener les participants. On compte une vingtaine de personnes par zones. Les élus locaux et services administratifs sont également conviés. Il faut prévoir la sonorisation (matériel de la kermesse francophone de 2008), la tribune officielle et les chaises, l’eau et les repas. Ces derniers seront attribués par zones, un jeune de Fatoma étant responsable pour assurer le confort de la zone qui lui a été affectée.

Le téléphone ne cesse de sonner pour donner les détails des derniers préparatifs. Par exemple ce n’est que cet après midi que les véhicules ont été arrêtés au prix prévu. Tous les responsables de zone sont alors mis au courant mais savent déjà ce qui doit être fait puisque c’était l’objet de nos déplacements. La brousse complique beaucoup de faits qui resteraient anodins si le réseau et les voies de circulation étaient bons, si la pauvreté n’était pas un obstacle. Notre richesse réside en cette forte ressource en effectifs humains. C’est peu dire que de rendre hommage à tous ces volontaires engagés dans ce combat.

La quatrième commune de Borondougou a sollicité notre présence depuis 2006 pour les intégrer à notre lutte. Mais faute de moyens et de temps, tout ne peut se faire en même temps. Heureusement aujourd’hui c’est acquis. Leur motivation est à la hauteur de leur mobilisation. Une femme leader en est pour beaucoup responsable

L’accès à Diambakourou se fait par une digue étroite traversant des champs de riz. La verdure est lumineuse. Les nénuphars donnent une touche gracieuse à ce spectacle de part leur couleur pastel. La vie est là.


La visite est brève. La mairie est informée de la date de la rencontre ainsi que les responsables de cette nouvelle zone de l’organisation de la journée.

Tout ceci est fatigant mais si bon à réaliser. »

Vendredi 17 Décembre 2010

« La journée de parrainage des clubs de jeunes s’est déroulée avec tous les aléas liés à une telle manifestation. Les préparatifs du dernier moment s’annoncent de mauvais augures. Les véhicules retenus négocient les prix arrêtés la veille. Le matériel de location n’est pas parvenu à Fatoma car le responsable s’est absenté pour un mariage à San (500 kilomètres). Daïcouri est débordé et stressé. Alors ……..je suggère de demander la cour de l’école où l’ombre peut suppléer à la bâche de protection. Les villageois sont mobilisés pour amener chaises et tables. De jeunes charretiers portent de l’eau en bidon déposée dans de grands collecteurs. Le matériel de sonorisation est transporté par une charrette tirée par un âne. Tout est résolu. Seul un véhicule en panne ne peut remplir sa mission et c’est la commune de Borondougou qui sera absente en grande partie de la cérémonie.

Prévue à neuf heures, elle débute à midi lorsque toutes les zones sont arrivées.

Participants installés à l’ombre

Daïcouri est l’animateur de la manifestation. Il demande à chaque président de zone et chaque président de clubs de jeunes de s’assoir au premier rang avec leur membre d’honneur. En effet chaque club est supervisé par le bureau de la zone et a choisi un membre d’honneur chargé des les conseiller et de les guider dans leurs activités. Le parrain de la journée est annoncé. Daïcouri a pensé au maire de Fatoma puisqu’il connaît les activités menées et en a accepté la fonction. Un président de zone intervient au nom de tous, ainsi qu’un président de club de jeunes. Le parrain fait un discours encourageant et moralisateur à la fois excluant la politique et insistant sur la cohésion et la motivation. Il cite des exemples et remercie le public de l’honneur qui lui est fait.

Président de zone et président de jeunes

L’animateur et le parrain

Le repas est partagé. Vers quinze heures tout le monde se quitte et regagne son véhicule. Certains ont véhiculé le bruit que l’essence des motos était pris en charge. Mis devant le fait accompli, on ne peut démentir cette rumeur sans craindre des éclaboussures.

Rien n’est facile quand la communication a du mal à être transmise. »

Lundi 3 janvier 2011

« On va partir en brousse sensibiliser avec Mali Flo tous les villages sur le sida et l’excision en attendant les temps meilleurs de déblocage de fonds…. »

Mardi 18 Janvier 2011

« Depuis deux mois la brousse me donne la force de me battre. Je reste fatiguée par ces longues journées, d’autant que la corvée domestique ne se fait pas toute seule. Comment me plaindre quand je regarde travailler ces femmes !

Les projets sida et excision concentrent toutes mes forces. Toutes les journées organisées afin de permettre la continuation des activités et leur extension à la quatrième commune sont éreintantes mais bénéfiques.

Intégrer la commune de Borondougou et ses cinq villages, créer les clubs de jeunes et les parrainer, animer la journée sida au niveau de l’école fondamentale de Fatoma, continuer à sensibiliser au sein des villages des trois communes et encadrer les villageois responsables….. Autant de temps et d’énergie que Mali Flo investit également financièrement.

Les partenaires du projet excision ont demandé une révision du budget pour la construction et le fonctionnement du futur centre. Daïcouri le dépose dans la semaine. »

Mercredi 26 Janvier 2011

« A leur demande, le budget du centre de lutte contre l’excision a été soumis à nouveau à nos partenaires financiers toujours soucieux d’intégrer la nouvelle commune de Borondougou. L’association Mali Flo a fait l’acquisition du terrain sur lequel ce centre doit être construit afin de ne pas voir le projet entravé par de mauvais personnages. A deux reprises j’ai été convoquée par un mercenaire de la commune à l’insu du maire. Par le biais d’une tricherie orale cet éminent calculateur a rusé de toute son hypocrisie pour connaître l’état d’avancement du projet en cours ayant essayé de me soutirer des renseignements afin de pouvoir récolter au futur des bénéfices personnels.

C’est continuellement qu’il faut préserver la population de ces écarts malfaisants et affronter la cupidité de ces oiseaux malintentionnés.

Il faut savoir que ces deux projets que l’association Mali Flo préserve si ardemment de la parcimonie des politiciens se fait en toute l’égalité avec l’administration et les instances concernées. Depuis trois ans je me suis beaucoup investie afin que ce qui est défendu pour la communauté revienne aux intéressés et non aux rapaces responsables de cette commune.

Aussi c’est en mon nom personnel et au sein de toutes les valeurs que ma vérité éclate en plein jour et cesse de cacher cette corruption au travers de toutes mes actions. »

Mercredi 23 Mars 2011

« De retour d’une escapade de quinze jours dans la région de Kayes, je suis à Bamako ne cessant de démarcher pour la commune de Fatoma, les deux projets sida-excision, les jeunes apolitiques et footballeurs, les handicapés.

Un adjoint au maire ne cesse de salir les deux projets excision et sida clamant à corps et à cris des propos mensongers à qui veut l’entendre.

Pour l’excision il n’a d’autre critère que celui de ne savoir ce qui en est, la mairie devant être informée. Le projet a été créé pour les villageois et leur appartient désormais. Le maire lui-même est au courant et un de ses adjoints suit le projet depuis sa création. Le tort que peuvent causer les propos diffamatoires de ce sordide individu m’inquiète de part mon absence sur le terrain depuis un mois. De plus la construction du centre est retardée à cause des problèmes inhérents à la déstabilisation qui se passe en Côte d’ivoire suite aux élections présidentielles fin 2010.

J’ai sollicité un rendez vous avec la Première Dame du Mali, Madame Lobo Touré afin de solliciter une aide financière et morale devant les difficultés rencontrées. Elle est présidente d’une association « Maison pour l’enfance » et c’est dans ce cadre que je souhaite la rencontrer.

Je ne veux pas baisser les bras mais l’Association Mali Flo ne suffit plus à parvenir à financer tout ce qui touche de près et de loin à la pérennisation des deux projets. Alors je frappe encore aux portes et espère………

J’ai demandé à Daïcouri d’organiser des rencontres avec tous les villages des quatre communes afin de leur expliquer personnellement ce qui aura été fait et l’état de la situation pour démentir les colporteurs.»

Une bombe a été lancée et les villageois sont d’autant plus déterminés à garder ce projet entre leurs mains sans aucune autre contrepartie.

Mis à jour (Lundi, 11 Juillet 2011 21:22)

 
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