Jeudi 22 Décembre 2011
Jeudi 22 décembre 2011
Levés très tôt vendredi dernier, j’ai déposé mon visa dès huit heures le matin à peine arrivés à Rabat. Durant le trajet une des deux Mercédès donne des signes de faiblesse. Le joint de culasse est mort. Le diagnostic n’est pas porté de suite. Un mécanicien de Rabat essaie d’arranger à sa manière un système « D » mais le moteur continue à chauffer sur la route. La décision de faire demi tour jusqu’à Kénitra pour pouvoir dormir en appartement nous fait rebrousser chemin. Depuis cinq jours la voiture est immobilisée chez un mécanicien. Son ouvrier incompétent a mal travaillé, cassant le nouveau joint et la chaîne métallique. Tous les jours c’est une nouvelle course contre la montre, le facteur temps augmentant les frais de dépense liés la nourriture et aux problèmes mécaniques. Maurice ne sait quelle décision prendre quant à la conduite à tenir. Devant la galère où ce problème nous plonge, j’essaie de le raisonner afin qu’il perde le moins possible. Contrairement à tout ce que je pouvais imaginer, je reste d’un calme imperturbable et fait preuve d’une constance que mes deux compagnons d’infortune ne cessent de décrier. L’Afrique m’a transformé. De ce malheur je ne tire qu’une leçon de patience et de courage. Tous les jours solidaires contre cette fatalité, je cours entre un marché le matin pour vendre les marchandises et le garage jusqu’à tard le soir pour surveiller les travaux.

Panne mécanique
Jamais voiture n’aura eu autant de personnes autour de sa mécanique. Jusqu’à vingt deux heures encore hier soir, le moteur était remonté mais refusait de démarrer. Problème électrique au dernier diagnostic ! Maurice, dépité et découragé, décide de changer de garage. Il tracte la voiture. Je suis au volant du véhicule en panne. On traverse la ville à une vitesse trop élevée pour une traction avec chaîne. Les ronds points me laissent avec une certaine frayeur des frissons dans le dos. Les stop et croisements excitent ma peur. On arrive entier sans accrochage. Ce sont d’éternelles heures d’attente qui ont défilé durant ces cinq jours.

Longue attente avec mes compagnons dépités, découragés
Les nerfs de Maurice et Sarre sont à rude épreuve, l’un ennuyé du retard qu’il occasionne au groupe, le dernier préoccupé par ses soucis personnels et individuels. Il fait froid dès que le soleil décline. Nos pieds sont glacés. La fatigue nous gagne à la tombée de la nuit. Toujours debout toute la journée sur un bord de trottoir, on fréquente quelques cafés pour se réchauffer d’un verre de lait chaud et soulager nos besoins naturels. Maurice me tient la main et fait preuve d’une attention qui me touche. Le soir on rentre vers vingt trois heures. On sort manger une soupe et quelques fruits. Les corps sont fatigués. Les garçons dorment vite et bien
Durant tout ce temps je découvre la vie marocaine. Ici un âne tracte une charrette mené par un vieil homme courbé pour ramasser les déchets récupérables. Ce pauvre vieillard fouille les poubelles pour en tirer une quelconque substance susceptible d’être revendue ou recyclée. Les hommes me lancent des regards accusateurs quand je pénètre dans un café en tenant la main de Maurice. Des jeunes enfants me provoquent en m’invectivant de leur langue maternelle afin que je leur donne de l’argent. Des femmes s’amusent de m’entendre tergiverser pour maintenir un prix de vente de la marchandise déposée. Je ne peux prendre de photos sans devenir provocante et irrespectueuse. Mais j’ai tant d’images insolites en moi que je pourrai rédiger des pages indéfiniment de ce spectacle de rue et de ces scènes de vie.

Dans la galère existe toujours une note de douceur
Il faut assurer également la vente de la marchandise restante. Les «Dirham» emplissent mes mains.

Liasses en délire
Certains frais de voyage sont amortis mais les dépenses incombant à ce retard vont alourdir le prix de ce périple. Je reste fataliste malgré l’adversité. Je suis tellement fière de pouvoir continuer à avancer encore avec eux sans qu’il n’y ait de différence de traitement ou de comportement.
Hier c’était mon anniversaire. Comme tous les matins Maurice m’a embrassé la joue en me glissant un petit mot affectueux pour mon grand âge. J’ai découvert au cyber une quantité de messages qui m’ont donné chaud au cœur. Les enfants d’ici et de là bas se sont manifestés, les amis et ma famille.
Dans deux jours c’est Noël. Je ne sais sur quel sol je serai.
Mes nuits sont agités. J’ai très peu de sommeil en moi. Je suis une moitié de moi-même.

Il fait très froid, j’ai mal au dos et quelque chose me manque
La voiture marche à merveille. Si Henri la voyait ! Il aurait une larme à l’œil !
Mis à jour (Vendredi, 23 Décembre 2011 20:48)



