Lundi 26 Décembre 2011

Lundi 26 décembre 2011

Quatre jours de déboires inénarrables !

Vendredi dernier j’ai reçu un joli petit paquet des mains de Maurice. Un téléphone portable à double puce que je regardais derrière une vitrine la veille au soir à Kénitra. Il était emballé dans un papier blanc tout couvert de rayures sur des petits mots écrits à la main. Ces mots que les africains emploient comme nous européens ne les sortons que rarement de notre bouche ! Ils n’ont pas le sens qu’on leur donne.

Mon cadeau d’anniversaire

Cette délicate attention m’a aidé à atténuer le premier fléchissement moral de ma part. La journée a été difficile. La Mercédès en dépannage a démarré en fin de matinée alors que mes deux compères m’avaient abandonné depuis quelques heures chez le garagiste pour faire des démarches administratives. Quand j’ai entendu le moteur ronfler, un soupir de soulagement m’a envahi. Cette joie s’est effondrée de la même manière en constatant qu’une fumée blanche sortait du capot lorsque le mécanicien a voulu déplacer le véhicule. Toute l’eau du radiateur s’échappait à grand flot par le bouchon. La courroie de distribution, la chaîne, le ventilateur, le démarreur, les charbons, le radiateur, cela ne s’arrêtera jamais ! Je suis découragée pour la première fois et ressens une grande lassitude. Je suis seule. Enfin en milieu d’après midi on prend la route, la panne étant moins grave qu’annoncée. Les trois véhicules en file indienne, je suis encadrée de mes gardes du corps. On prend l’autoroute. A peine sortis de la capitale, une voiture manque au cortège. Il est impossible de s’immobiliser sur la bande d’arrêt d’urgence. Aussi ce n’est qu’à la première sortie de péage que l’on s’arrête pour faire le point de la situation. Il est convenu que je reste sur place avec les deux voitures tandis que Maurice part à la rencontre de Sarre. Le moteur de la Mercédès s’est éteint brusquement. Il est immobilisé et ne peut redémarrer.

Je suis gardienne, Maurice dépanneur et Sarre remorqué

Pendant deux heures je suis seule. Je ressens un mal être que je ne peux m’expliquer. Mes pensées sont toujours ancrées au fond de moi. On ne les entend pas. La nuit tombe. J’ai froid. Il me manque une moitié de moi-même de plus en plus fort en moi. Il faut en faire abstraction et continuer d’avancer malgré tout. Je n’ai plus de force. Je craque. La solitude pèse de plus en plus sur mes épaules depuis ces derniers temps. Tous les amis que sont derrière moi, tous les êtres qui me sont chers me poussent à aller en avant de part la foi qu’ils ont déposée en ce que j’essaie d’être. Mais en ce moment je me sens isolée. Maurice me retrouve au bout de deux heures. Une dépanneuse doit prendre Sarre en remorquage jusqu’à nous. Entre temps un véhicule est tombé en panne de batterie et nous demande assistance. N’ayant pas de pince et flanqué d’un seul câble et d’une barre en fer faisant masse avec le moteur, il nous demande la possibilité de se ponter sur un de nos véhicules. Maurice refuse l’opération de peur de détériorer le moteur. Quand Sarre nous rejoint sur la dépanneuse, il est décidé qu’il reste avec le véhicule sur place voir les réparations à effectuer pendant que Maurice et moi continuons la route. On se sépare. J’ai un pincement au cœur. Maurice perd encore de l’argent dans cette opération.

On continue la route à deux. Pendant trois jours, on trace jusque tard dans la nuit. Je suis derrière. La 405 est courageuse et répond bien. On contourne ainsi toutes les cités impériales du Maroc dont je ne connais pas le moindre petit coin. Dès que l’un de nous ressent un petit coup de fatigue, on s’arrête sur une aire de service pour dormir une heure ou deux dans la voiture même, boire un café ou se ravitailler d’œufs durs et de produits laitiers. Pas de douche, il faut se contenter d’une toilette de chat quand cela est possible. Mon corps s’en ressent. Les moustiques me piquent. Mon visage est tiré. Pour rien au monde je ne ferai marche arrière.

Aventurière en route, je ne peux nier la fatigue des kilomètres avalés

Le paysage défile sous mes yeux. Pas le temps d’y prêter attention ou de s’arrêter à un endroit quelconque pour saisir une image ou respirer l’air vivifiant. Au Maroc le brouillard et la poussière de sable soulevée à l’arrière des véhicules ralentissent notre vitesse de croisière en limitant notre visibilité. Suivant l’heure de la journée les couleurs s’adoucissent ou deviennent plus forte en luminosité. Le sable prend des tonalités variant du rose, au jaune et à l’orangé. La nuit ferme mes yeux à ce décor magnifique. Je roule, on avance l’un derrière l’autre.

Brouillard et poussière de sable limitent la visibilité

Le paysage défile sous mes yeux sans que je n’aie guère le temps d’y prêter attention. Les falaises découpées sont flanquées de tentes témoignant de l’activité principale de cette côte poissonneuse. Je devine ces hommes courageux plantés derrière leur longue canne sur le haut de ces escarpements. On sillonne des versants montagneux, traverse des oueds. La 405 est courageuse et avale les kilomètres goulument sans donner de signe de faiblesse. Je pense à ma famille charentaise. Je prends quelques clichés tout en conduisant pour être fidèle à ma promesse et témoigner de ce périple.

Traversée de versants montagneux et oueds

A chaque entrée et sortie de ville du Maroc se tiennent des postes de contrôle de douane, gendarmerie ou police. Un agent de la gendarmerie royale s’étonne de voir une femme française conduire seule la nuit. Je ne suis pas ennuyée lors de ces contrôles. Ils me rassurent même. On s’arrête souvent se reposer près d’un de ces postes afin d’être en sécurité. Pendant le séjour à Kénitra deux vélos ont été volés sur la galerie de la Mercédès et une télévision sur le marché même en plein jour. Je n’ai pas subi de malfaisance de ce type personnellement. Pendant deux nuits et trois jours on trace sans s’arrêter. Néanmoins je prends deux clichés souvenirs de la 405 dans le désert marocain au bord de l’océan même. Quel luxe Henri !

 

Bain de jouvence de la 405

Un véhicule a éclaté son pneu arrière. Ce ne sont que des africains qui s’arrêtent pour venir au secours de ce couple avec ses deux petits enfants. Ils ne sont pas outillés pour arriver à bout de leurs peines.

Pannes et accidents sont fréquents sur ce trajet

Enfin on se présente à la frontière dimanche en début d’après midi. Je suis fatiguée, j’ai faim et soif. Ce sont six longues heures de paperasseries et de formalités douanières, policières.

A la frontière marocaine

Joyeux Noël

Je suis fatiguée. Je pense. J’essaie de regarder devant. Noël est passé.

 

Mis à jour (Vendredi, 30 Décembre 2011 21:58)