Mercredi 14 Décembre 2011

Mercredi 14 décembre

La nuit a été brève. Entre mes pensées, l’écran et la colocation je n’ai pas beaucoup dormi. Dernière couchée, première réveillée, je suis surprise du sommeil de mes compagnons de voyage. Seize heures pour Sarre, dix pour Maurice. Ils récupèrent ainsi de leur fatigue. Après une douche revigorante, un petit déjeuner léger on part faire les formalités douanières et policières pour nous et nos véhicules respectifs. Presque deux heures de temps confinés dans une pièce mal organisée, on patiente derrière une file d’hommes plus ou moins véhéments. Puis on visite le ferry. Cet ancien paquebot de croisière contraste entre son contenant et son contenu. La propreté et l’hygiène sont correctes. Le luxe fastueux des salles traversées ne répond plus aux exigences demandées par sa nouvelle affectation. Ainsi la « salle des fauteuils », le restaurant ne correspondent pas à la clientèle journalière.

 

La salle des fauteuils et le bar côté fumeur

Certains hommes ont installé leur couchage sous les escaliers intérieurs du navire. Par manque de moyens, ils font la traversée en simple fauteuil sans pouvoir allonger leur corps durant les vingt quatre heures que dure le voyage. La cafétéria et le bar sont marqués par la négligence des passagers peu scrupuleux de l’insalubrité qu’ils laissent après eux.

Sur le pont je respire la force du vent et m’enivre de la fraîcheur de l’air. On croise paquebots et cargos.

 

Même fatiguée je suis dans mon élément

On se retranche quelques instants en cabine pour manger et se reposer. Les idées fusent et ma tête fume à force de penser. Je reprends l’écran tandis que mes deux acolytes se ferment sous leurs draps pour dormir un peu. Je les écoute s’endormir doucement, l’un calant sa respiration sur le ronflement de l’autre. Dans la cabine intérieure qui nous a été affectée, aucune ouverture sur l’extérieur ne permet à la lumière naturelle de pénétrer. C’est à la lueur de l’écran que je pose mes idées et mon envie de faire partager ces instants.

Je suis comme un fantôme sans corps vide d’existence. Mon passé et mon présent cheminent en moi.

Enfin le bateau accoste aves trois heures de retard dans le port de Tanger. Distraite je ne prête pas attention aux annonces de débarquement faites par haut parleur permettant de discipliner les passagers pour regagner leur véhicule. A vingt heures, la 405 foule le sol marocain. S’en suit un véritable parcours du combattant. Mes deux compagnons se dispersent et les formalités douanières nous séparent. Malgré mes papiers dûment estampillés je suis arrêtée à la sortie du port, un douanier exigeant le passage du véhicule au scanner. La voiture est immobilisée. A plusieurs reprises j’harcèle l’officier afin qu’il me rende les justificatifs qu’il garde en sa possession. Je suis soutenue par un français résidant au Sénégal se plaignant de cette nouvelle procédure auquel il n’est pas habitué malgré ses passages réguliers et fréquents. On finit par obtenir l’ouverture de la barrière après avoir récupéré nos papiers. C’est alors qu’une longue attente débute sur l’aire de stationnement où il était convenu de se retrouver avec Maurice et Sarre. Un marocain aux cheveux blancs se gare  à mes côtés et m’interpelle d’un coup de klaxon. Je ne comprends pas le signe de la main qu’il m’adresse. Je descends du véhicule en me rapprochant avec une pointe d’appréhension. Il est en fait coincé à l’intérieur de sa voiture et ne peut ouvrir sa portière. Je le libère et ne suis plus surprise par la suite de répéter ce geste sur plusieurs autres engins. J’attends mes compères. Il pleut. Le froid commence à me pénétrer. Au bout d’un long moment, je retourne à pieds essayant d’en apercevoir un pour faire le point des démarches. Tous les véhicules en transit sont garés sur les côtés dans l’attente de passer un scanner, sécurité oblige de part les évènements récents d’enlèvement. Ils recherchent ainsi les trafics d’armes.

 

Attente au port de Tanger

Cela fait bientôt deux heures d’immobilisation dans un désordre complet. Un autocar arrache le toit de son bus par frottement sur l’angle d’un poteau qu’il ne peut éviter tant les véhicules sont mal parqués. Les manœuvres deviennent difficiles voire impossible. L’heure tourne. Il est minuit. Les gens manifestent leur impatience par un concert tonitruant de klaxons. L’agacement se transforme en mécontentement puis en colère. Je reste imperturbable et patiente souriant intérieurement aux déboires de chacun. Petites anecdotes, petites pointes d’humour ! Retournée à mon véhicule il est maintenant deux heures du matin. Je suis toute seule sur le parking. Les bureaux de change ont fermé. J’ai froid. Je suis épuisée. Je commence à m’inquiéter pour Maurice et Sarre. Insolite parmi cette « meute d’hommes » je perds un peu courage et un sentiment d’insécurité m’envahit doucement. Une série de questions vient perturber mon esprit et déranger ma sécurité faisant naître en moi un malaise. Bienvenue en Afrique.

Enfin à quatre heures du matin on arrive à Tanger même où un ami sénégalais nous attend à un point de rendez vous fixé. Je ne suis pas au bout de mes surprises.

 

Accueil africain grâce a leur système de débrouille

Maurice a quitté sa carapace européenne pour la troquer contre l’africaine. Par leur combine de débrouille on se retrouve dans un appartement où tout dort. Un trois pièces envahi de jeunes garçons africains essayant de survivre par le petit commerce. Le salon est transformé en dortoir de part la quantité de canapés posés, cinq hommes dorment sous leur couverture relevant la tête à notre arrivée. Une chambre accueille trois autres garçons partageant un grand lit. Moi-même je suis installée avec la seule femme du logis. C’est le mode de vie africain….. La nuit est courte. Mon corps endolori ressent la fatigue. Au réveil vers huit heures on partage une tasse de thé ou de café. Les courbatures et la fatigue disparaissent devant la chaleur et la simplicité du partage.

 

Intimité partagée des émigrés africains

Je suis parmi eux encore et toujours. Ma tête ne se repose pas un instant.  Je ne peux m’empêcher de ramener ce périple à  mon premier voyage par la route en juillet dernier. Tout me ramène à ces instants émouvants.

 

 

Mis à jour (Dimanche, 18 Décembre 2011 21:56)

 
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