Samedi 18 Février 2012

Bamako Samedi 18 février 2012

Depuis combien de temps suis-je arrivée a Bamako ? Je n’en ai guère la notion.

J’ai à nouveau croisé par un singulier hasard cet homme d’origine belge ayant une vie trépidante de part tous ses engagements. Il s’est lancé dans un projet de grande envergure pour lutter contre l’excision en projetant des films sur les marchés de Bamako. Rendez vous est pris pour une première projection à Bankoni. Je me rends à l’hôtel de Jeff tôt le matin éprouvant une certaine appréhension en moi-même.

On gagne en voiture le marché. Arrivés sur les lieux toute l’équipe d’animation est en place. Une tente est montée. Les animateurs ont tous été convoqués afin de participer à cette première. Tous passifs devant une difficulté d’ordre technique, Jeff et moi-même nous activons pour remédier au problème. Le courant prévu est coupé. Un nouvel accès doit être négocié, la tente déplacée et le public mobilisé. Tandis qu’un rabatteur s’exerce au haut parleur en vaquant à travers le marché,  tout le restant de l’équipe déplace tente, bancs et matériel de projection à une centaine de mètres pour y avoir le courant. Les curieux rient de cet étrange spectacle. La propreté de la manœuvre se lit sur tous les habits. Le public s’installe tandis que l’équipe s’apprête.

Installation matériel de projection au marché de Bankoni

L’auditoire ne connait pas le thème de la projection. Les enfants sont écartés. Quand je suggère à Jeff que certaines filles sont encore bien jeunes pour supporter ce film, il répond que l’enfant excisé a treize ans. C’est lui-même qui filme ces excisions a Bamako. Mais les enfants sont plus jeunes habituellement. C’est la première adolescente. J’ai soutenu le regard de cette projection avant la manifestation. Entre l’image et le son, le message est violent ne laissant aucune place à l’émotion si ce n’est la violence de ce geste. Durant la projection les visages se crispent, se détournent de l’écran, se cachent. L’horreur se lit à elle seule. Un silence lourd et inquiétant gagne la foule. La projection est entrecoupée. Le public est choqué. Une animatrice prend la parole. Un adolescent l’invective entraînant à la fin de sa diatribe, toute la masse vers l’extérieur de la tente. On m’interprète les propos de ce jeune qui harangue l’équipe de façon véhémente. Regarder ce film est un manque de respect envers ses parents, la tradition, la religion. On quitte l’espace pour regagner fébrilement la voiture à la venue d’islamistes avertis.

 

L’horreur se lit sur les visages ou dans les attitudes

La scène a été filmée au mois de décembre dernier à Bamako même. On y voit une adolescente, le buste nu, admonestée par des femmes pour que la honte ne rejaillisse pas sur la famille. La gamine est alors maintenue couchée au sol. Elle ne cesse de crier et hurle « je suis morte » pendant qu’un couteau lui découpe à vif les petites lèvres s’y prenant à plusieurs reprises. Les femmes réitèrent les mêmes propos tout au long de l’acte. L’enfant ne crie plus. On lui glisse un bout de tissu entre les jambes. On l’aide à se relever. Elle repart debout sans cri ni larme vers la sortie sous la menace du secret de ne rien dire. Il ne s’est rien passé.

A la fin de la projection les esprits s’échauffent. On décide de quitter les lieux. La voiture ne veut pas démarrer. Jeff prend la fuite laissant derrière lui l’équipe d’animation. Je suis bousculée, injuriée mais très calme au fond de moi-même. Le chauffeur est caché dans des toilettes par les animatrices. Jeff est très perturbé.

Par la suite je récupère la vidéo pour pouvoir la visualiser à Fatoma et continuer à sensibiliser la population. Seules les volontaires prévenus de la violence du film y assisteront. Daïcouri est prévenu. La formation des jeunes ayant participé au tournoi de football sera une première expérience. Je sais qu’à Fatoma ces images seront comprises dans le bon sens parce que la population a été sensibilisée tous les jours à ce problème. Mais ici à Bamako la provocation est trop forte. Je le savais. J’ai voulu assister pour témoigner. Jeff pense abandonner ce projet de projection massive en privilégiant une large diffusion au travers d’associations partenaires.

 

 

 

Mis à jour (Lundi, 20 Février 2012 20:55)

 
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